CSE : le guide complet du comité social et économique en 2026
Depuis 2018, plus de 90 % des entreprises de plus de 50 salariés ont mis en place leur comité social et économique. Pourtant, près de 40 % des élus et dirigeants ignorent encore les nouveaux pouvoirs que le CSE exercera pleinement en 2026, entre encadrement de l’intelligence artificielle et réforme du télétravail. Si vous avez tapé « CSE » dans Google, vous êtes au bon endroit.
Le CSE — Comité Social et Économique — est l’instance unique de représentation du personnel créée par les ordonnances Macron de 2017. Il a remplacé trois institutions historiques : le comité d’entreprise (CE), les délégués du personnel (DP) et le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT). Résultat : une seule délégation du personnel, un seul budget, une seule voix face à l’employeur.
Que vous soyez salarié curieux de vos droits, élu fraîchement mandaté ou dirigeant soucieux de conformité, cet article vous offre en 12 minutes de lecture un panorama complet : définition, historique, attributions, élection, budget, expertises et spécificités par taille d’entreprise. Chaque section intègre les dernières évolutions législatives — notamment la roadmap légale 2026 issue des actualisations de la loi Hamon et du Code du travail — pour que l’information reste exploitable immédiatement.
Voici le plan de cet article, conçu comme un véritable guide pratique du comité social et économique :
- Définition et historique du CSE
- Rôle et attributions en 2026
- Élection et composition
- Budget : calcul, affectation, contrôles
- Expertises : quand et comment les mandater
- CSE par taille d’entreprise
- FAQ (questions les plus posées)
Qu’est-ce qu’un CSE ? Définition et historique

Le comité social et économique (CSE) est défini par l’article L.2311-1 du Code du travail comme l’instance unique de représentation du personnel dans toute entreprise d’au moins 11 salariés. Sa mise en place est obligatoire : l’employeur doit organiser des élections dès que le seuil de 11 salariés est atteint pendant 12 mois consécutifs.
Des ordonnances Macron de 2017 à la réforme 2026
Avant 2017, le paysage des instances représentatives du personnel était éclaté. Le comité d’entreprise traitait les questions économiques, les délégués du personnel portaient les réclamations individuelles, et le comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) veillait à la santé et à la sécurité au travail. Les ordonnances du 22 septembre 2017 ont fusionné ces trois institutions en un seul comité social et économique, avec une période de transition qui s’est achevée le 31 décembre 2019.
En 2026, le CSE connaît de nouvelles évolutions : renforcement des compétences en matière d’intelligence artificielle et de biais algorithmiques, élargissement des consultations sur le télétravail hybride, et indexation du budget sur l’inflation. Ces changements sont documentés par les éditions Lefebvre Dalloz dans leurs mises à jour du droit social.
CSE vs. ancien CE/DP/CHSCT : tableau comparatif
| Critère | CE + DP + CHSCT (avant 2018) | CSE (depuis 2018) |
|---|---|---|
| Nombre d’instances | 3 instances distinctes | 1 instance unique |
| Seuil de mise en place | DP dès 11 sal. / CE et CHSCT dès 50 sal. | CSE dès 11 salariés |
| Attributions économiques | CE uniquement | CSE (toutes entreprises >50 sal.) |
| Santé, sécurité, conditions de travail | CHSCT | CSE + CSSCT (commission santé sécurité travail) si >300 sal. |
| Budget ASC | CE (convention/accord) | CSE : 0,2 % masse salariale minimum |
| Recours à l’expertise | CE ou CHSCT selon objet | CSE via vote majoritaire |
| Durée du mandat | 2 à 4 ans selon instance | 4 ans (sauf accord dérogatoire) |
Rôle et attributions du CSE en 2026
Le rôle du CSE varie selon la taille de l’entreprise, mais dans toute structure de plus de 50 salariés, ses attributions couvrent trois grands domaines : économique, social et santé-sécurité au travail.
Attributions économiques
Le comité social et économique est obligatoirement consulté sur les orientations stratégiques de l’entreprise, la situation économique et financière, et la politique sociale incluant les conditions de travail et l’emploi. En cas de plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), le CSE joue un rôle central dans la procédure d’information-consultation. Les membres du CSE disposent d’un accès à la base de données économiques, sociales et environnementales (BDESE) de l’employeur.
Attributions sociales et culturelles
Le CSE gère le budget des activités sociales et culturelles (ASC) : chèques vacances, billetterie, arbre de Noël, aide aux vacances, soutien scolaire… Ce volet, hérité du comité d’entreprise, constitue souvent la face la plus visible du comité social et économique pour les salariés.
Santé, sécurité et conditions de travail
En matière de santé et sécurité au travail, le CSE reprend les missions de l’ancien CHSCT. Il analyse les risques professionnels, effectue des inspections régulières et dispose d’un droit d’alerte en cas de danger grave et imminent. Dans les entreprises de plus de 300 salariés, une commission santé, sécurité et conditions de travail (CSSCT) est obligatoirement constituée. Le CSE désigne également un référent harcèlement sexuel et agissements sexistes.
Pouvoirs renforcés en 2026
L’année 2026 marque un tournant pour les compétences du CSE. Deux domaines sont particulièrement concernés : d’abord, l’expertise sur les algorithmes et l’IA — les membres du CSE peuvent désormais exiger une expertise technique sur les biais algorithmiques utilisés dans le recrutement, l’évaluation ou la surveillance ; ensuite, le télétravail hybride, sur lequel le comité doit être consulté pour toute modification substantielle de l’accord d’entreprise.
Des exemples concrets illustrent ces nouveaux pouvoirs. Le CSE d’Amazon France a obtenu en 2025 une victoire judiciaire concernant la transparence des algorithmes de productivité en entrepôt. Le CSE de la SNCF a de son côté négocié un accord de télétravail hybride couvrant 15 000 cadres.

Les 8 missions clés du CSE
- Consultation sur les orientations stratégiques de l’entreprise – Avis sur le plan à 3 ans, investissements, fusions.
- Information économique et financière – Accès à la BDESE, comptes annuels, prévisions.
- Gestion des activités sociales et culturelles – Budget ASC, chèques vacances, billetterie, événements.
- Santé et sécurité au travail – Prévention des risques professionnels, inspections, DUERP.
- Droit d’alerte – Danger grave, atteinte aux droits, risque économique.
- Expertise et audit – Recours à des experts habilités (comptable, technique, environnemental).
- Consultation sur le télétravail – Avis sur les accords et chartes de travail hybride.
- Veille IA et algorithmes – Transparence sur les outils algorithmiques déployés par l’employeur.
Élection et composition du CSE : guide 2026

L’élection du CSE obéit à une procédure strictement encadrée par le Code du travail. Voici les étapes à suivre pour organiser un scrutin conforme en 2026.
Les 5 étapes de l’élection du CSE
- Information des salariés et des syndicats – L’employeur informe le personnel de l’organisation des élections par tout moyen (affichage, courriel) au moins 90 jours avant le premier tour. Il invite simultanément les organisations syndicales représentatives à négocier le protocole d’accord préélectoral (PAP).
- Négociation du protocole d’accord préélectoral – Le PAP fixe les modalités du scrutin : nombre de sièges, répartition entre collèges électoraux, calendrier, vote électronique éventuel. Il est signé à la double majorité.
- Constitution des listes électorales – Deux collèges sont constitués : collège 1 (ouvriers et employés) et collège 2 (ingénieurs, chefs de service, techniciens, agents de maîtrise et cadres). L’employeur établit la liste électorale à partir du registre du personnel.
- Scrutin (1er et 2nd tour) – Le vote se déroule au scrutin de liste à la représentation proportionnelle avec attribution au plus fort reste. Si le quorum n’est pas atteint au premier tour, un second tour est organisé dans les 15 jours.
- Désignation du bureau du CSE – Lors de la première réunion, les membres élus désignent un secrétaire et un trésorier parmi les titulaires. Le CSE est alors officiellement constitué.
Seuils et composition
| Effectif de l’entreprise | Type de CSE | Nombre de titulaires | Heures de délégation / mois |
|---|---|---|---|
| 11 à 24 salariés | CSE (attributions réduites) | 1 | 10 h |
| 25 à 49 salariés | CSE (attributions réduites) | 2 | 10 h |
| 50 à 74 salariés | CSE plein (toutes attributions) | 4 | 18 h |
| 75 à 99 salariés | CSE plein | 5 | 19 h |
| 100 à 299 salariés | CSE plein | 7 à 11 | 21 à 22 h |
| 300+ salariés | CSE plein + CSSCT obligatoire | 11 à 35 | 22 à 34 h |
Dans les entreprises comportant au moins deux établissements distincts de plus de 50 salariés, un CSE central est constitué en complément des CSE d’établissement. Le mandat des membres du CSE est fixé à 4 ans, renouvelable dans la limite de trois mandats successifs (sauf accord dérogatoire).
Calendrier 2026
Les entreprises dont le mandat CSE arrive à échéance en 2026 doivent initier le processus électoral au plus tard 90 jours avant la date de fin de mandat. Pour les mandats expirant après le 1er avril 2026, le calendrier intègre les nouvelles dispositions relatives au vote électronique sécurisé.
Checklist documents à préparer : extrait Kbis, registre unique du personnel, calcul des effectifs sur 12 mois, liste des électeurs par collège, convocations syndicales.
Budget CSE : calcul, affectation et contrôles

Le budget du CSE constitue le nerf de la guerre pour les élus. Comprendre son calcul, son affectation et les règles de contrôle est indispensable pour exercer pleinement les missions du comité social et économique.
Calcul du budget
Le budget de fonctionnement du CSE est fixé à 0,2 % de la masse salariale brute dans les entreprises de 50 à 1 999 salariés, et à 0,22 % au-delà de 2 000 salariés (art. L.2315-61 du Code du travail). Ce budget est distinct de la subvention destinée aux activités sociales et culturelles, dont le montant est fixé par accord d’entreprise ou, à défaut, ne peut être inférieur au rapport précédemment consacré par l’employeur.
En 2026, les mises à jour législatives prévoient une indexation sur l’inflation du contingent annuel de formation des membres du CSE, ce qui représente un gain significatif pour les comités des grandes entreprises.
Affectation du budget
Le budget de fonctionnement couvre les dépenses de gestion courante : formation des membres du CSE, recours à des experts, frais de déplacement, abonnements juridiques (Lefebvre Dalloz, Éditions Législatives). Le budget des activités sociales et culturelles finance quant à lui les prestations directes aux salariés : chèques vacances, billetterie spectacles, aide aux vacances, cadeaux de fin d’année.
Budget type : PME vs. grande entreprise
| Poste | PME (50 salariés) | Grande entreprise (500 salariés) |
|---|---|---|
| Masse salariale brute annuelle | 2 000 000 € | 25 000 000 € |
| Budget fonctionnement (0,2 %) | 4 000 € | 50 000 € |
| Budget ASC (estimation 1 %) | 20 000 € | 250 000 € |
| Budget total CSE | 24 000 € | 300 000 € |
| Formation membres CSE | ~2 000 € | ~15 000 € |
Cas pratique : le CSE de Renault a obtenu en 2025 une revalorisation de 15 % de son budget d’activités sociales et culturelles à l’issue d’une négociation annuelle, portant le montant total à plus de 45 millions d’euros pour l’ensemble du groupe en France.
Les élus doivent rendre des comptes chaque année devant les salariés (rapport d’activité et de gestion). Le commissaire aux comptes peut être saisi en cas de doute sur la régularité des opérations financières du CSE.
Expertises CSE : quand et comment les mandater
Le recours à l’expertise est l’un des leviers les plus puissants du comité social et économique. Il permet aux membres du CSE de s’appuyer sur des professionnels qualifiés pour analyser des dossiers complexes.
Les trois types d’expertise
Le Code du travail distingue trois catégories d’expertises accessibles au CSE. L’expertise comptable est la plus courante : elle est de droit lors de la consultation sur la situation économique et financière ou en cas de PSE. L’expertise technique intervient en cas de risque grave constaté dans l’établissement, de projet important modifiant les conditions de santé, sécurité ou de travail, ou lors de l’introduction de nouvelles technologies — y compris, depuis 2026, les systèmes d’intelligence artificielle. Enfin, l’expertise libre (dite « expertise de gestion ») peut être décidée pour préparer les consultations récurrentes sur les orientations stratégiques de l’entreprise.
Procédure de désignation
L’expertise est votée à la majorité des membres présents lors d’une réunion plénière du CSE. Les élus établissent un cahier des charges précisant l’objet et le périmètre de la mission. L’expert désigné doit être habilité (inscrit sur la liste préfectorale pour les experts techniques SSCT, ou inscrit à l’Ordre des experts-comptables).
Prise en charge financière
La prise en charge varie selon le type d’expertise :
- 100 % employeur : expertise comptable (consultations récurrentes), expertise risque grave, expertise PSE.
- Cofinancement 80/20 : l’employeur prend en charge 80 % et le CSE 20 % (sur son budget de fonctionnement) pour les consultations sur les orientations stratégiques et l’expertise technique hors risque grave.
En 2026, le coût moyen d’une expertise varie de 5 000 € à 20 000 € selon la complexité du dossier, avec des montants pouvant atteindre 50 000 € pour les expertises portant sur les algorithmes dans les entreprises de plus de 1 000 salariés.
5 cas d’expertise obligatoire (art. L.2315-78 à L.2315-94)
- Consultation sur la situation économique et financière
- Consultation sur la politique sociale, conditions de travail et emploi
- Licenciements économiques collectifs (PSE)
- Risque grave constaté dans l’établissement (sites Seveso notamment)
- Opérations de concentration (fusion, acquisition)
CSE par taille d’entreprise : focus pratiques
Le niveau d’attributions du CSE varie considérablement selon l’effectif de l’entreprise. Voici un comparatif synthétique.
PME de 11 à 49 salariés : le CSE « light »
Dans les entreprises de 11 à 49 salariés, le CSE exerce les attributions de l’ancienne délégation du personnel : présentation des réclamations individuelles et collectives, signalement des atteintes aux droits des personnes, promotion de la santé et de la sécurité au travail. Il ne dispose pas de la personnalité morale, ne gère pas de budget propre et ne bénéficie pas du droit à expertise. Les membres de la délégation du personnel du CSE disposent toutefois d’heures de délégation et de la protection contre le licenciement.
Entreprises de 50 salariés et plus : le CSE à pleins pouvoirs
À partir de 50 salariés, le CSE dispose de la personnalité civile, de deux budgets distincts (fonctionnement et ASC), du droit à expertise et de l’ensemble des attributions économiques, sociales et de santé-sécurité. Il est consulté sur les trois grandes consultations récurrentes : orientations stratégiques de l’entreprise, situation économique et financière, politique sociale et conditions de travail.
| Critère | CSE 11-49 salariés | CSE 50+ salariés |
|---|---|---|
| Personnalité morale | Non | Oui |
| Budget de fonctionnement | Non | 0,2 % masse salariale |
| Budget ASC | Non (sauf accord) | Oui (accord ou usage) |
| Consultations récurrentes | Non | 3 consultations obligatoires |
| Droit à expertise | Non | Oui |
| CSSCT obligatoire | Non | Oui (si >300 sal. ou Seveso) |
| Formation santé sécurité | Oui (5 jours 1er mandat) | Oui (5 jours 1er mandat) |
Foire Aux Questions sur le CSE
Le CSE (Comité Social et Économique) est l'instance unique de représentation du personnel obligatoire dans toute entreprise d'au moins 11 salariés. Il remplace l'ancien CE, les DP et le CHSCT depuis les ordonnances Macron de 2017.
Oui. Toute entreprise atteignant le seuil de 11 salariés pendant 12 mois consécutifs doit mettre en place un CSE. L'absence de CSE expose l'employeur à un délit d'entrave passible de sanctions pénales.
En 2026, le CSE assure la consultation économique, la gestion des activités sociales et culturelles, et la prévention en matière de santé et sécurité au travail. Ses compétences s'étendent désormais à la veille sur l'IA et le télétravail hybride.
Le budget de fonctionnement représente 0,2 % de la masse salariale brute (0,22 % au-delà de 2 000 salariés). Le budget des activités sociales et culturelles est fixé par accord collectif ou usage de l'entreprise.
Le CSE fusionne les attributions de trois instances (CE, DP, CHSCT) en une seule. Il dispose de pouvoirs élargis en matière de santé-sécurité et de compétences nouvelles sur l'IA et le numérique.
L'employeur doit organiser les élections du CSE dès que le seuil de 11 salariés est atteint. Le mandat dure 4 ans. En 2026, les entreprises dont le mandat expire doivent lancer le processus au moins 90 jours avant l'échéance.
Certaines expertises sont intégralement à la charge de l'employeur (PSE, risque grave, consultation économique). D'autres sont cofinancées : 80 % employeur et 20 % budget de fonctionnement du CSE.
Le CSE est une instance interne à l'entreprise présidée par l'employeur. Il n'existe pas de CSE « indépendant ». Toutefois, les élus exercent leur mandat en toute liberté et bénéficient d'une protection renforcée contre le licenciement.
cse1mika
Auteur chez CSE 360